GFFA2Dans le cadre du grand rendez-vous berlinois et avec la participation de quelque 70 ministres de l’agriculture du monde entier s’est déroulée la 11e édition du Forum Mondial pour l'Agriculture et l'Alimentation (Global Forum for Food and Agriculture GFFA), dont le thème était cette année « L'agriculture passe au numérique – des solutions intelligentes pour l'agriculture de demain». À cette occasion, la candidate de la France et de l'Union européenne pour le poste de Directeur général de la FAO, Catherine Geslain-Lanéelle, est intervenue lors d'une table de haut niveau organisée par la Commission européenne, aux côtés notamment du Commissaire Hogan et des ministres de l'agriculture allemand, australien et argentin.

La digitalisation en agriculture était le thème central choisi pour les discussions de ce Global Forum. On en attendait beaucoup : finalement hélas, il y eut beaucoup trop de phrases générales souvent creuses, et les vraies questions n’ont pas été abordées.
On veut bien admettre que le choix du thème a été fait un peu par défaut, et surtout pour contrebalancer les slogans des milliers de manifestants qui sont encore venus à Berlin réclamer la disparition de l’agriculture dite industrielle. Même avec tous ces ministres de l’agriculture invités, on n’a pas traité les vraies questions.

D’abord, la digitalisation en agriculture est une réalité, elle progresse, même si c’est avec beaucoup de problèmes ou de difficultés. Et elle n’est pas cette solution future idéale à promouvoir politiquement, car elle est pour l’essentiel aux mains de chercheurs et d’industriels.

On aurait aimé connaitre un bilan de son avancée actuelle dans les différents secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Pourquoi est-elle déjà largement avancée dans les élevages, avec les robots de traite, les évacuateurs de déjections, les pilotages et surveillances automatiques d’installations etc. Elle est aussi très présente dans les matériels de récolte et dans des travaux pilotés par satellite.

 

Mais delle ne progresse guère dans un secteur comme la lutte mécanique contre les mauvaises herbes et les travaux du sol. Des solutions sont proposées, mais elles ne sont pas demandées par les exploitants. Rappelons à ce propos qu’en Chine par exemple, on utilise les drones par milliers pour la protection des cultures.

La seconde question à poser est celle de la rentabilité. La digitalisation n’est pas uniquement à considérer sous l’angle de l’économie du travail, il faut encore qu’elle apporte une « plus-value » à l’exploitant, et que cette « plus-value » puisse être rémunérée. On connait peu d’études pour savoir où en sont actuellement réellement ces rentabilités, et les avis divergent, même parmi les industriels de la machine et des équipements agricoles.

Le problème est le même pour les industriels fournisseur de l’agriculture de solutions digitales. Quelle solution est suffisamment généralisable, « miniaturisable » pour permettre un marché suffisant ? C’est aussi la question de l’influence sur les structures agricole qui est posée là.

La question la plus importante est celle de savoir si les agriculteurs ont confiance dans cette technique, et comment le cas échéant, la conforter. On voit bien que la digitalisation en agriculture achoppe non pas sur l’existence ou l’acquisition de données, mais sur leur circulation dans l’utilisation d’ensemble des données provenant d’équipements divers. Par exemple des données de récoltes jusqu’à celles des semis, en passant par les commandes ; des contrôles de performances d’animaux en passant par l’alimentation animale jusqu’aux soins vétérinaires etc. Bref, le traitement des intersections, des interfaces des flux de données, n’est pas encore satisfaisant.

On y travaille beaucoup actuellement. Mais les agriculteurs ont-ils confiance dans la protection de leurs données, surtout quand ils ont tant d’exemples contraires sous les yeux ?Les données pour la gestion affinée de l’exploitation sont une chose, qu’on n’aime déjà pas retrouver chez le voisin concurrent. Mais qu’on retrouve toutes ces données livrées toute la chaine des transformateurs aux consommateurs, en passant surtout par les distributeurs, en est une autre, plus grave pour la position agricole déjà malmenée dans la chaine alimentaire.

Bref, Berlin n’a pas répondu à toutes ces questions pour lesquelles il a fallu se contenter de généralités rarement transposables. Maigre bilan, assez éloigné des ambitions affichées par le Global Forum et la Semaine Verte de se poser comme un « Davos agricole ».

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François Landrieu

Fondateur de Socopag

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