guillaumeberlinLe ministre français de l’agriculture Didier Guillaume s’est rendu à Berlin le 20 janvier à l’invitation de sa collègue allemande Julia Klöckner, dans le cadre de la Grüne Woche et d’un « Rendez-vous de la jeunesse rurale allemande »organisé par le BDL (les Jeunes agriculteurs allemands), Les ministres ont rappelé leur engagement à poursuivre ensemble la construction du projet européen devant environ 2.500 jeunes ruraux et jeunes agriculteurs.

Didier Guillaume a souligné que le projet européen a permis de poser les bases d’une société de paix, innovante et solidaire, et que la politique agricole commune en est une des réalisations les plus emblématiques.
La PAC, a poursuivi le ministre français, a permis la souveraineté alimentaire de l'Europe et doit rester une politique forte et protectrice, à même d'accompagner les agriculteurs dans leur transition et de répondre aux attentes des consommateurs et citoyens européens, en concluant que « c'est aux nouvelles générations de tous les États membres qu'il appartient de conforter le modèle européen. »

La Semaine Verte a surtout permis de constater que de lourds nuages d’inquiétude commençaient à se rassembler au-dessus de l’Union européenne à quelques mois d’élections qui peuvent bouleverser beaucoup de choses. AM

Exemple : Günther Oettinger, le Commissaire européen au budget, est de plus en plus désenchanté. Les décisions budgétaires pour la période 2021/2027 ne seront pas prises avant les élections européennes. Le calendrier de la réforme PAC ne pourra plus être tenu, et il faudra passer par une année de transition, avant que la nouvelle version de la PAC ne puisse s’appliquer. La présidence roumaine actuelle est cantonnée à des discussions essayant de maintenir les jalons déjà plantés.

Il y a énormément de changements européens en perspective. On ne sait évidemment pas quelle sera la composition de la future Commission pour laquelle, soit dit en passant, Günther Oettinger est donné partant sûr. Il y aura beaucoup de nouveaux parlementaires européens qui ne se sentiront pas forcément liés par les propositions budgétaires Oettinger, ni par les proposions Hogan de réforme de la PAC qui émanent de la Commission sortante. Les restrictions budgétaires pourraient finir par être plus sévères que prévu.

Il y aura probablement plus de députés eurosceptiques dans le prochain Parlement européen. Ils ne seront pas favorables à l’augmentation des contributions des Etats au budget européen pour une Europe d’après Brexit, ni à l’augmentation des pouvoirs pour Bruxelles. Seront-ils en mesure de multiplier les blocages ?
Avec le départ du Royaume Uni, il manquera 10 Mrds € au budget, que l’on cherchera à compenser sur les deux grands postes budgétaires que sont l’agriculture et les fonds de cohésion. Ajoutons au tableau la fragilité nouvelle de certains gouvernements d’Etats membres.
Dans l’élection à venir, tous les partis se démarqueront le plus nettement possible, par rapport à l’avenir européen, mais aussi sur l’agriculture qui sera l’un des points chauds dans ce grand débat.
Il est presque impossible d’imaginer que les propositions budgétaires et de réforme de la PAC que l’on connait, en sortent totalement indemnes.

Il faut relever en outre que les ministres de l’agriculture sont encore loin d’être sur une même longueur d’ondes entre eux, et avec la Commission européenne. C’est le cas pour le plafonnement des aides directes, pour la mise à parité de ces aides entre Etats membre de l’UE, ou pour les diminutions proposées sur le second pilier de la PAC. Mais c’est aussi le cas sur un point moins connu du public, et que l’on pourrait appeler comme dans la grande industrie privée la « « Performance Review » ou l’évaluation annuelle. C’est une sorte de rendez-vous annuel de compte rendu des résultats de politique agricole auquel les Etats sont appelés, pour savoir, entre autres, s’ils ont atteint les objectifs de protection de l’environnement qu’ils se sont donnés.

La Commission veut, en matière d’environnement, se contenter fixer les objectifs généraux et laisser aux Etat le soin de les atteindre, dans le cadre des plans stratégiques à présenter. Mais cette proposition ne plait pas du tout aux Etats, qui dénoncent son bureaucratisme, l’échéance trop précoce en février de chaque année de cet examen, le trop peu de marges tolérées entre réalisations et plans de stratégie déposés, la renationalisation, etc. Bref on ne veut pas des conséquences d’une proposition de subsidiarité faite par le commissaire Hogan présentée comme la grande nouveauté.
Une accumulation… qui doit inciter toute l’agriculture à s’engager fortement dans le débat électoral qui débute.

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François Landrieu

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